À propos des machines à voter

Pour faire suite à mon précédent post, deux liens très intéressants : (via Ma petite parcelle d’internet..)

  • le récit du premier tour des élections vu par un assesseur d’un bureau de vote d’Issy les Moulineaux, confronté aux machines ESS iVotronic, qui décrit les erreurs de décompte, l’impossibilité de vérifier les scellés et les dysfonctionnements divers.
  • Le bilan du premier tour par le conseil constitutionnel, qui déconseillait l’utilisation des machines pour le second tour :

« Dans ces conditions, le plus sage serait sans doute, lorsque des problèmes sérieux se sont produits le 22 avril (pannes, bouchons, polémiques…), d’y [les machines à voter] renoncer provisoirement afin de mettre les prochaines échéances électorales, y compris le second tour de l’élection présidentielle, à l’abri de toute contestation. »

Publicités

J’ai voté sur une machine

Machine à voter

Aujourd’hui, j’ai voté sur une machine. Notre maire nous l’avait annoncé par courrier. Il justifie ce choix par le fait que le matériel retenu a reçu l’agrément du Ministère de l’intérieur et a été déclaré confirme à la Constitution par le Conseil constitutionnel.

Voyons ça de plus prêt :

Sur le site du ministère de l’intérieur, on peut consulter le règlement technique récapitulant les exigences auxquelles ont dû satisfaire ces machines, ainsi que les arrêtés d’agrément des différents modèles retenus. Le règlement est très intéressant. J’ai noté quelques points :

  • L’exigence de conformité des résultats par rapport aux votes exprimés par les électeur (exigence 67) est, d’après ce règlement, vérifiée par des tests. Le ministère de l’intérieur ne s’intéresse manifestement pas pour cet agrément, au fonctionnement interne de la machine, ce qui va en opposition avec le principe de transparence énoncé dans ce même document : « le processus doit pouvoir être examiné et vérifié ». Il suffit donc pour un constructeur de concevoir une machine faussée qui se comporte de façon conforme pendant les tests pour qu’elle puisse être agréée.
  • Le seul élément de vérification d’intégrité de la machine mentionné dans ce règlement est un autotest (exigence 4). C’est risible, on demande au matériel lui-même de vérifier que ce n’est pas un matériel piégé… Étant donné que ce type de matériel est prévu pour fonctionner pendant une dizaine d’années, il paraît illusoire de garantir que le matériel ne sera pas modifié ou échangé pendant de longues années de stockage par les municipalités. A noter : en pratique, certaines communes prennent des mesures contre cette menace, voir par exemple, celles prises à Boulogne-Billancourt, mais sont elles généralisées ?

Par ailleurs, un des points qui m’a particulièrement choqué pendant le vote est qu’il n’y a pas (tout du moins je n’en ai pas vu) de vérifications régulières du pupitre de vote. Une modification de la façade du pupitre par un électeur (similaires aux attaques courantes sur les distributeurs de billets) est donc a priori possible et a de bonne chances de passer inaperçu.

Pour plus d’information, Sid fait sur son blog un point très documenté sur la question.

Comme il le mentionne, un profil de protection pour les machines à voter selon les critères communs est consultable sur le site de la DCSSI. Le problème de vérification d’intégrité est notamment mentionné.

wijvertrouwenstemcomputersniet

Un autre document très intéressant est cette étude de la machine Nedap (manifestement celle que j’ai utilisé aujourd’hui) par la fondation néerlandaise Wij vertrouwen stemcomputers niet (« nous ne faisons pas confiance aux machines à voter ») dans laquelle on peut notamment apprendre que les rayonnements de la machine permettent de reconnaître pour qui a voté l’électeur à une distance de plusieurs mètres.

Notez ensuite que le signataire des agréments de ces machines est un proche d’un des principaux candidats de l’élection d’aujourd’hui, et vous aurez peut-être envie d’aller signer la pétition pour le maintient du vote papier